Le point sur les élections en Tunisie

L’analyse des élections en Tunisie du 23 octobre dernier – Traduit par Edoardo Buonerba


 

Après neuf mois de gestation dès le début de la Révolution en Tunisie, le 23 Octobre dernier les premières élections libres, pluralistes et transparentes de l’histoire du Pays et du monde arabe entier ont eu lieu. Un grand succès, témoigné par la participation de plus de 80% d’électeurs, parmi lesquels beaucoup de jeunes et de femmes, qui ont créé de longues queues à partir de l’aube, riches en émotions et espoirs pour le futur. Le vote s’est déroulé sous le regard attentif de plus de 10.000 observateurs tunisiens et de 500 internationaux, envoyés par l’OSCE et l’UE.

Les 217 élus auront l’honneur et la responsabilité de rédiger une nouvelle Constitution, la plus partagée que possible, qui puisse rétablir le cadre institutionnel du Pays où le printemps arabe est né et qui pourrait devenir l’exemple des voisins égyptiens et libyens. Dans un an, quand le texte sera adopté, les premières élections politiques auront lieu.

Le parti gagnant a été Ennahda (la Renaissance) avec plus de 40% des préférences et qui a eu par conséquent la majorité relative des sièges dans l’Assemblée Constitutionnelle. Les raisons de cette victoire sont liées probablement aux tons modérés adoptés pendant la campagne électorale, à l’enthousiasme des militants, à la référence à l’Islam en tant que garantie de moralité, mais surtout à la renommée de son chef de file historique, Rached Ghannouchi, symbole de la résistance à la dictature de Ben Ali. C’est un parti islamique modérée, s’inspirant à celui d’Erdogan en Turquie: on pourrait le définir un parti «démo–musulman». Son programme électoral est centré sur la création d’un État moderne et démocratique, respectueux des droits de l’homme, qui n’oublie pas la tradition et la morale islamique mais qui les adapte aux exigences d’aujourd’hui. Pour citer Ghannouchi: «on amènera cette Révolution jusqu’à l’accomplissement de son objectif: une Tunisie libre, indépendante et prospère où on pourra garantir les droits de Dieu, du Prophète, des femmes, des hommes, des religieux et de ceux qui ne croient pas. Parce que la Tunisie est de tout le monde». Ennhada a été accusé d’intégralisme, de vouloir limiter les droits des femmes et prohiber la consommation de alcool. Cependant, ces critiques ne sont pas justifiées: le modèle turque en est preuve. Il suffit de penser que, pendant l’écriture du règlement des élections, ce mouvement a soutenu l’égalité des hommes et des femmes dans les listes électorales, ce qui est plutôt innovateur dans le monde arabe. En plus, les 42 élues du parti sont convaincues que Islam et féminisme peuvent coexister pacifiquement.

Ensuite, avec des resultats moins éclatants, il y a le Congrès pour la République (CPR), ayant à sa tête Moncef Marzouki (membre de l’Organisation arabe pour les droits de l’homme et de Amnesty International), et Ettakatol, fondé par le docteur Mustapha Ben Jafaar. Ce sont deux partis progressistes et social-démocrates et les deux se sont opposés au régime, ce qui les a sans doute aidés. Selon les premières déclarations des chefs de file, ces deux partis vont probablement former avec Ennahda un gouvernement d’unité nationale et décider pour un Président ad intérim (on a prononcé à plusieurs reprises le nom de Ben Jafaar).

Par ailleurs, le parti Pétition Populaire a été la surprise de ces élections. C’est un parti populiste, conservateur et ultra-libéral fondé par Hachemi Hamdi, homme d’affaires et propriétaire de chaines de télévision satellitaire qu’il a largement utilisé pendant sa campagne électorale, en dépassant les limites de la loi. La moitié des sièges gagnés par ce parti a été annulée à cause des violations du règlement, les candidats du parti étant inscrits au Rassemblement Constitutionnel Démocratique de Ben Ali. Les membres du parti ont réagi violemment contre plusieurs sièges locaux du parti Ennahda.

Le dernier des partis les plus importants est le Parti Démocrate Progressiste (PDP) même si ses résultats n’ont pas atteint les prévisions, qui l’envisageaient comme principal opposant de Ennahda. Le PDP paye probablement le prix d’une dure campagne anti-islamiste, pas trop partagée dans le climat de cohésion nationale créé par la Révolution, et de ne pas avoir été reconnu en tant que opposant à l’époque du régime. Les autres sièges de l’Assemblée ont été conquis par des candidats indépendants ou de partis mineurs, tels que l’Initiative (centristes), PDM (socialistes), Afek (libéraux) e PKOT (communistes).

Les points d’interrogation et les défis sont nombreux pour les nouveaux membres de l’Assemblée. Mais les espoirs du peuple tunisien aussi, ils sont grands. On ne peut que souhaiter que l’Assemblée sera en mesure de faire face à ses taches et qu’elle pourra donner suite à tout ce qui a été fait dans ces neuf mois. La situation est compliquée, mais pour le moment il y a de bonnes bases sur lesquelles travailler.

About Andrea Ferrara 7 Articles
Nato il 19/09/91 nella ridente Legnano (MI), si trasferisce a Gorizia per studiare al SID, di cui frequenta attualmente il secondo anno. Amante dell'arte e appassionato di politica internazionale, tedia tutti con i suoi articoli sul Medio Oriente nell'attesa (vana) di essere adottato dal re dell'Arabia Saudita.

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